Suivi #GCVD - 2019-04-02 - Réponse du Conseil d'Etat à l'interpellation Jérôme Christen et consorts - Viol d'adolescentes et de femmes très alcoolisées : après l'abandon d'une campagne de prévention, quelles mesures l'Etat de Vaud entend-il prendre ?


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Point 19: Réponse du Conseil d’Etat à l’interpellation Jérôme Christen et consorts - Viol d’adolescentes et de femmes très alcoolisées : après l’abandon d’une campagne de prévention, quelles mesures l’Etat de Vaud entend-il prendre ?

Tout récemment, la Municipalité de Lausanne a décidé de renoncer complètement à une campagne de prévention contre les agressions sexuelles, centrée sur un film mettant en scène une situation dans laquelle une jeune femme ivre et laissée seule par ses amis se fait agresser sexuellement. Les membres de l’exécutif lausannois ont estimé, contre l’avis de nombreux autres acteurs consultés lors de la préparation de ce film et des autres actions de communication l’accompagnant, que ce film sous-entendait que la victime était en partie responsable de son agression. La décision d’abandonner cette campagne de prévention fait perdre à l’État plus de 100’000CHF ainsi que deux années de travail réalisé par des collaborateurs de différents départements concernés. Les auteurs de l’interpellation ont ainsi posé les questions ci-dessous au CE.

Voici les réponses du CE:

Il apparaît qu’au moment de l’abandon du projet de campagne, seulement 25’000CHF avaient été dépensés, soit 30% du budget total, dont plus de la moitié venait du fonds cantonal de la dîme de l’alcool. Le CE indique aussi que des experts de deux groupes ont participé à l’élaboration de cette campagne: le groupe d’expert-e-s enmatière d’addictions (GEA) et la Commission de promotion de la santé et lutte contre lesaddictions (CPSLA). Ceux-ci ont également collaboré avec des experts de la Police vaudoise, de la Fondation vaudoise contre l’alcoolisme (FVA) et de PROFA.

  1. Les services de l’État ont-ils été consultés avant cette décision et quelle a été leur appréciation? Même si la municipalité n’a pas consulté les services de l’État, elle reste compétente pour prendre cette décision.

  2. Le Conseil d’État partage-t-il l’appréciation de la Ville de Lausanne ? Si oui ou non, pour quelles raisons ? Du fait des règles de fonctionnements des fonds mis à contribution, le CE ne pouvait pas être partie prenante aux décisions et n’ayant pas vu le film en question, ne peut se prononcer sur la question.

  3. Quelles explications le Conseil d’État a-t-il obtenues de la part de la Municipalité de Lausanne quant à son renoncement très tardif, soit après validation du scénario par les différentes instances concernées ? Il apparaît que dans un contexte toujours plus sensible, où la problématique du harcèlement et des agressions sexuelles se révèlent d’une bien plus grande ampleur qu’attendu, la Municipalité ne voulait pas prendre le risque que le film ne donne lieu à des interprétations erronées concernant le statut des victimes d’agressions sexuelles et leur responsabilité.

  4. L’État de Vaud entend-il faire payer toute ou partie de la facture à la Ville de Lausanne, dès lorsqu’elle porte la responsabilité de cette décision ? Il apparaît que la ville a déjà remboursé les montants dépensés via le fonds pour la création du clip de prévention. Une nouvelle campagne de prévention est en cours de préparation pour être soumis à la CPSLA, avec un budget supérieur, et s’inscrivant dans une politique plus large de prévention contre le harcèlement de rue, adoptée par la Ville.

  5. Qu’entend faire l’État de Vaud pour prévenir l’abus d’adolescentes ou de jeunes femmes très alcoolisées, alors lors que la Municipalité de Lausanne a renoncé à utiliser les outils patiemment créés pour tenter de lutter contre ce phénomène? Si l’État de Vaud n’a pas de programme spécifique concernant la prévention de l’abus d’adolescente ou de jeunes femmes très alcoolisées, cette problématique est intégrée à différents programmes déjà mis en œuvre avec la collaboration des associations et institutions étatiques susmentionnées. Cela inclut:

  • Des actions de préventions en milieux festifs, coordonnées par la FVA dans le cadre de son programme Night Life Vaud, comprenant des conseils sur la consommation de substances psychotropes, notamment de l’alcool, auprès des jeunes adeptes de ces milieux. Ces actions de prévention intègrent aussi des conseils en matière de santé sexuelle avec le soutien de PROFA. Cela implique notamment la prise de conscience des situations où la prise de psychotrope peuvent mener une personne à se retrouver à la merci de personnes malintentionnées et devenir des victimes d’agressions sexuelles.

  • Formation des professionnels du milieu festif, toujours dans le cadre du programme Night Life Vaud, notamment pour les sensibiliser aux questions de harcèlement sexuel.

  • Promotion du programme de prévention de la violence entre jeunes intitulé “Sortir Ensemble et Se Respecter”, destiné aux jeunes de 13-15 ans.

  • Enfin, le rôle de l’éducation sexuelle, prodiguée dans les écoles publiques, doit permettre aux jeunes de construire des relations basées sur basées sur la compréhension et le respect mutuel des besoins et limites de chacun et de chacune.

Remarque: Ce point est intéressant à deux titres: d’une part, il soulève les difficultés à faire de la prévention sur un thème aussi sensible que le harcèlement de rue et les agressions sexuelles. D’autre part, il souligne les problèmes qui peuvent émerger quand les autorités avancent à un autre rythme que celui des experts chargés de mettre sur pied de projet de communication et de prévention.