Suivi #GCVD - 2019-04-10 - Réponse du Conseil d'Etat à l'interpellation Léonore Porchet et consorts - Doit-on se faire de la bile pour les médecines complémentaires au CHUV ?


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Point 11: Réponse du Conseil d’Etat à l’interpellation Léonore Porchet et consorts - Doit-on se faire de la bile pour les médecines complémentaires au CHUV ?

Dans cette interpellation, les auteurs se préoccupent fortement de l’évolution de l’enseignement et de la mise en œuvre des médecines complémentaires au CHUV, comme cela était prévu après la décision populaire de 2009 d’inclure ces thérapies dans la palette des prestations remboursées par la LAMAL. En effet, ils estiment que depuis le départ du Docteur Pierre-Yves Rodondi de son poste de Responsable du Centre de médecine intégrative et complémentaire du CHUV (CEMIC), on assiste à une rupture plutôt qu’à une continuité. Ils remarquent ainsi que

  • l’annonce pour la recherche d’un remplaçant au poste du Dr. Rodondi vient tout juste d’être publée, plus de 7 mois après l’information de son départ,

  • que ce poste n’est ouvert qu’aux spécialistes du domaine de l’antalgie et de l’anesthésie, alors que les médecines complémentaires couvrent une bien plus grande palette de problématiques sanitaires,

  • qu’une très grande place est accordée à l’hypnose, qui n’est pourtant plus formellement une médecine complémentaire [N.ABE: elle est, en réalité, une discipline de la médecine conventionnelle depuis quelques années],

  • et que 36 des 42 périodes de cours consacrés aux médecines complémentaires au sein de la Faculté de médecine et de biologie de l’UNIL auraient été retirées du programme des études de médecines pour l’année 2018-2019.

Enfin, ils ont également noté que la Faculté de biologie et de médecine n’a toujours pas soumis de descriptif de la future chaire de médecines complémentaires à la commission des médecines complémentaires, commission officielle du CHUV et de la FBM. Cette même commission, pourtant seule habilitée à suivre le dossier des médecines complémentaires au CHUV depuis 2010, n’aurait pas non plus été consultée avant que la FBM ne prenne la décision d’une réduction drastique du nombre de périodes de cours en médecines complémentaires.

Avant de passer aux questions spécifiques, le CE rappelle, en préambule à ses réponses, que le rattachement du CEMIC au Centre d’Antalgie s’est fait avec l’aval du comité de direction du CHUV et du Dr. Rodondi. C’est au cours d’ailleurs de cette réunion du comité que ce dernier a annoncé sa décision de quitter son poste de Responsable du CEMIC pour prendre de nouvelles responsabilités à Fribourg. C’est donc suite à cette décision que les directions du CHUV et de l’UNIL, sur préavis de la FBM, ont mis au concours un poste de responsable de niveau professoral, pour favoriser la recherche, l’enseignement et la pratique clinique des médecines complémentaires.

Voici la réponse du CE aux questions posées dans l’interpellation:

1) Comment le descriptif du poste pour la future chaire de médecine complémentaire tient-il compte des recommandations de la commission des médecines complémentaires faites en janvier 2018 ? Quel regard la commission des médecines complémentaires a-t-elle ensuite eu sur le descriptif final ?

La commission de médecine complémentaire avait émis plusieurs recommandations concernant le profile souhaité du futur responsable du CEMIC. Il s’agit d’un poste professoral à 100%, le candidat, issu de la médecine générale, devrait idéalement avoir aussi une formation complémentaire dans une 1 ou 2 spécialités, et il n’est pas obligatoire qu’il soit de langue maternelle française. De plus, l’offre devrait aussi inclure l’anestésiologie. Même si la commission n’a pas eu un droit de regard sur la version finale de l’offre, celle-ci a tenu compte de ses recommandations.

2) Comment le Conseil d’Etat répond-il aux inquiétudes soulevées par le contenu final de l’annonce, énumérées aux points a. b. et c. ?

Selon le CE, ce qui importe, c’est que le poste de responsable a été élevé au rang professoral, qui comprend les prérogatives d’un médecin chef, médecin adjoint et médecin associé selon les règlement du CHUV. De plus, s’il y a une prééminence donnée à la médecine généraliste et à l’anesthésiologie, c’est parce qu’il s’agit de deux domaine où s’exerce particulièrement la transversalité thérapeutique. Si l’hypnose et l’accupuncture sont particulièrement bien représentés dans les médecines complémentaires mises en oeuvre sous l’égide du CEMIC, c’est parce que ce sont deux approches particulièrement demandées par les patients. Mais, il assure que d’autres pratiques s’y développent aussi, notamment l’art-thérapie et les massages thérapeutiques, avec un projet en oncologie.

3) Est-ce bien juste que le cours à option sur les médecines complémentaires a été supprimé pour la prochaine année académique ? Si c’est le cas, comment le Conseil d’Etat justifie-t-il cette décision ?

En réalité, ces cours sont maintenus, mais du fait du départ du Dr. Rodondi et de l’arrivée de nouveau personnel enseignant très qualifié, il a été décidé de déplacer ces cours à option au printemps, ce qui explique qu’ils n’apparaissaient pas dans les programmes de cours imprimés l’année dernière. Mais, ils auront bien lieu comme l’année précédente.

4) Y-a-t-il eu d’autres changements en ce qui concerne les activités du CEMIC depuis le départ du Dr Rodondi ?

En attendant de trouver un remplaçant au Dr. Rodondi, Mme la Pre Decosterd, Médecin adjointe et associée au Centre d’antalgie du CHUV, a repris sa charge. La coordination clinique a été confiée à la Dre Zurron. Cette dernière est titulaire d’un FMH en anesthésie, urgentiste et membre active du groupe romand d’intervention médicale en montagne (GRIMM). Elle est également spécialiste en acupuncture, tout comme en médecine psychosomatique et en antalgie. Le CEMIC fonctionne donc tout à fait normalement.

5) En particulier, des prestations auprès des patients ont-elles été modifiées, réduites, voire supprimées ?

Selon le CE, malgré le départ du Dr. Rodondi, le nombre de prestations en médecine complémentaires fournies aux patients n’a cessé d’augmenter. Les consultations du Dr. Rodondi ont dû être temporairement supprimées, dans l’attente d’un·e remplaçant·e avec les mêmes qualifications et spécialités. Mais, tout est fait pour que cette lacune soit remplie le plus rapidement possible.

6) De quelle manière la commission des médecines complémentaires a-t-elle été sollicitée pour donner son avis sur les décisions récentes concernant le CEMIC ?

Les recommandations de la commission ont été intégrées à la procédure de recrutement d’un remplaçant au Dr. Rodondi et une réunion a eu lieu en janvier 2018 afin que les personnes agissant en intérimaires puissent se présenter à la commission et lui exposer le déroulement de leurs activités et projets.

7) Comment le rôle de ladite commission peut-il être renforcé dans un rôle décisionnel, notamment dans cette période de transition, pour toute modification des activités du CEMIC, avec un suivi par le Conseil d’Etat ?

Dans la mesure où ce genre de commission n’a de prérogative que consultatives, elle n’est pas habilitée à prendre des décisions au sein du CHUV ou de l’UNIL. En outre, le président de la Commission des médecines complémentaires (Pr tit. Bonvin) est membre de la Commission de présentation du futur responsable du CEMIC. Le Président de la RoMédco y est également invité.

8) Quel est le calendrier, y compris sur le plan financier, du développement des médecines complémentaires au CHUV, conformément à l’annonce de son inclusion dans le plan stratégique du CHUV ?

Le budget institutionnel actuel de l’UNIL-CHUV pour les médecines complémentaires est d’environs CHF600’000, dons inclus, dont le CE espère qu’ils seront reconduits les années suivantes. Une fois le poste de responsable du CEMIC repourvu, il est prévu d’augmenter sérieusement son budget d’environs CHF100’000 par an, jusqu’à atteindre un budget global de CHF900’000 en 2023.

Par ailleurs, le Conseil d’Etat confirme que le développement des médecines complémentaires fait partie intégrante du Plan stratégique du CHUV 2019-23, accepté lors de sa séance du Conseil d’Etat du 6 juillet 2018.

Remarque: Ce dossier nous oblige à aller voir sous le capot de la santé publique et à examiner un peu comment sont gérés les projets de prise en charge thérapeutique, entre exigences politiques, sanctionnées par des votes populaires, et exigences scientifiques, universitaires, mais aussi institutionnelles et juridiques. En effet, la première impression que l’on pourrait avoir est celle d’une espèce de résistance détournée de la part des institutions concernées, qui tentent de limiter le périmètre d’application de la volonté populaire. C’est ainsi que l’on peut interpréter le rattachement du CEMIC au centre d’antalgie, dans la mesure où il est souvent considéré que le seul effet que génèrent les médecines complémentaires est un effet placebo, lequel est exploitable dans le domaine de la prise en charge de la douleur. Ce serait une sorte de compromis bien suisse, mais pas forcément très satisfaisant et un “brin” hypocrite, entre la volonté populaire et le désir de préserver la prééminence de la médecine conventionnelle basée sur la preuve scientifique.